dentelles d'encre / Ink Lace

florilège : le textile et les ouvrages de dame dans la littérature

11 avril 2008

Sido

Ici, le tissu est porteur de mémoire. une fois encore… Et Colette va « customiser», dirait-on, avant l’heure, la robe…

« C’était une robe d’été, en toile de lin d’un bleu doux. En regardant l’envers de l’étoffe, on avait la surprise de le voir d’un ton vif. Seuls les soleils de plusieurs belles saisons répondaient de son heureux pâlissement. Elle datait de 1860 environ… Je ne me repens d’y avoir porté les ciseaux puisque d’un bleu doux et ramagé de blanc, elle habille comme par le passé, elle habille encore et toujours, ma très chère Sido ».

 Colette, Sido

Merci Anne pour cette contribution!

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09 avril 2008

Les vrilles de la vigne

La lectrice et son livre sont couverts d’une même toile : identification……

"La jeune maman sous l’ombrelle de toile rayée s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue…"

Colette, Les Vrilles de la vigne.

Merci Anne pour cette contribution qui évoque tout un univers du temps perdu!

 

 

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10 mars 2008

La Dame blanche

« Lorsque sa tante Lavinia meurt en 1860, Emily s’attache à ses filles, Louise et Frances. Elle les appelle 'ses enfants' et leur envoie des lettres aussi peuplées que des maisons de poupée. Chacune lève son rideau d’encre sur une scène drôle ou cruelle ».

Christian Bobin, La Dame blanche.

Merci Anne pour cette contribution en cascade qui se termine par un clin d'oeil au titre de notre blog contributif !

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07 mars 2008

La Dame blanche

Où il est question de poule et de canevas, mais non de canevas représentant une poule...

« Sa mère raconte à Emily qu’à l’enterrement de Jenie Hitchcock, une poule suivie par ses poussins a essayé, en volant, de sauter par la fenêtre jusqu’au lit de la morte. Le canevas fait, Eily le remplit de ses couleurs : je suppose dit-elle, que la poule et ses poussins voulaient dire adieu à celle qui les nourrissait ».

Christian Bobin, La Dame blanche.

Merci Anne pour cette contribution!

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05 mars 2008

La Dame blanche

Encore un extrait proposé par Anne du dialogue de Bobin avec la poétesse américaine:

« Susan revêt Emily de son ultime armure blanche. Le blanc de la robe mortuaire fraîchement repassée éclabousse la pénombre de la chambre dont les stores verts sont baissés. Emily a depuis des années élevé entre elle et le monde une clôture de lin blanc. Dans la bibliothèque du rez-de-chaussée, annoté de sa main, le livre Sainte Agnès de Tennyson. Il y est question d’une nonne, de ses atours 'blancs et purs' et de son attente d’un 'dimanche éternel'. Une horloge au fond du ciel vient d’arrêter son battant. C’est enfin dimanche. Une femme qui n’a jamais fait de mal à personne attend dans sa robe de neige, cachée derrière la mort, la suite des évènements. »

Christian Bobin, La Dame blanche.

C'est beau comme un dimanche d'hiver,
Merci Anne pour cette contribution!

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02 mars 2008

La Desdichada

Mexico : deux étudiants fauchés introduisent dans leur vie un mannequin volé…

« La fenêtre vers laquelle était tourné mon regard distrait se referma rapidement et en redescendant, mes yeux rencontrèrent leur reflet dans une vitrine. Comme s’ils avaient formé un corps séparé du mien – tel un guide, un chien d’aveugle – ils se heurtèrent à l’eau vitrée dans laquelle il se mirent à nager jusqu’au moment où ils tombèrent sur ce que la vitrine cachait – montrait. C’était une femme en robe de mariée. Alors que tous les mannequins exposés dans cette rue que Tonio et moi empruntions tous les jours sans rien remarquer de particulier, habitués que nous étions à la laideur globale comme aux beautés singulières de notre capitale, étaient éminemment oubliables de par leur désir d’être à la mode, cette femme attira mon attention à cause de sa robe à l’ancienne, boutonnée jusqu’au menton.


Cela se passait il y a longtemps et plus personne ne se souvient de ce qui était à la mode pour les femmes à l’époque. Celles-ci seront bientôt de vieilles femmes. Pas
la Desdichada: la somptuosité de ses noces est éternelle, l’ampleur de sa traîne suprêmement élégante. Le voile qui recouvrait son visage au teint pâle laissait deviner la perfection de ses traits, nimbés de tulle. Les souliers de satin, à talons plats, révélaient la démarche d’une jeune fille altière mais réservée. Hardiesse et obéissance. D’entre les plis de la robe immobile émergea un lézard argenté qui se laissa glisser en zigzags tremblotants. Il alla chercher la zone ensoleillée de la devanture où il s’installa comme un touriste satisfait. »

Carlos Fuentes, La Desdichada, Folio.

Merci Hélène A. pour cette contribution! Nous te souhaitons un prompt rétablissement, ta présence comme lectrice, contributrice, commentatrice et amie nous manque sur dentelles... Espérons que bientôt tu pourras recommencer à lire normalement!


 

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28 février 2008

La Dame blanche

Nouvel extrait de la biographie romancée d'Emily Dickinson dans laquelle Bobin cherche à se retrouver lui-même:

« La vie n’est que l’étoffe d’une méditation dont elle défait jour après jour les plis pour en découvrir le rayonnant motif ».

Christian Bobin, La Dame blanche.

Merci Anne pour cette contribution!


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10 février 2008

Les Adieux à la Reine - 3

Si vous avez, comme moi, un "cahier d'inspiration", cet extrait est pour vous - mais attention, il faudrait songer à le rebaptiser d'un titre plus royal...

La Reine, notoirement moins pieuse que son époux, ne semble pas partager l'amour du dénuement de la famille d'aristocrates désargentés de sa lectrice...
Un jour que celle-ci est occupée à lui lire Félicie, de Marivaux, La Reine, pourtant férue de théâtre, l'interrompt...

"Sur quoi la Reine en eut assez. Elle avait aperçu, parmi les livres que j'avais mis sur la table, le dernier numéro du Magazine des Modes Nouvelles Françaises et Anglaises. Voilà ce dont elle voulait la lecture. Il y était question de bonnets, de la garniture des grands habits de Cour et de celle des robes:
'On garnit les robes en réseaux d'or ou d'argent, mais les ornements que l'on préfère aujourd'hui sont des garnitures de tulle ou de filet, avec des guirlandes de fleurs variées mêlées d'agrafes façonnées en lacs d'amour.' Il dut y avoir un soupçon d'interrogation dans ma voix, car la Reine m'enjoignit, l'air désagréablement troublé, de poursuivre... 'On y ajoute des glands à la chinoise, ou des cornes d'abondance qui répandent des fleurs et des petits fruits sur le fond de l'étoffe. On les garnit aussi, lorsque le fond est uni, avec des fleurs et des plantes imitant le naturel comme tournesols, lis, jacinthes, muguet, aubépine...' Elle était captivée. Mais c'est sur le chapitre des broderies qu'elle m'écouta, le souffle retenu: 'Des caracos de linon brodé en diverses couleurs nos dames ont passé rapidement aux robes brodées de même. Cette mode des broderies est trop agréable pour qu'elles ne s'appliquent pas à la perfectionner.'

Les broderies étaient la grande innovation de ce mois de juillet. La Reine, comme saisie d'une inspiration, se redressa sur ses oreillers avec  une vigueur que je ne lui avais pas vue ces derniers jours. Elle demanda le Cahier des Atours. La séance était terminée. La suite relevait de la compétence de Rose Bertin. Le temps que je reprenne et range dans mon sac de tissu les volumes que j'avais apportés,  la Reine était déjà plongée dans la contemplation de son précieux Cahier. Les yeux rivés aux échantillons de tissu collés sur les pages, elle était retirée du monde. Elle choisissait ses robes."

Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine, Seuil, 2002.

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08 février 2008

Les Adieux à la Reine - 2

Autre extrait des mémoires fictionnelles de la lectrice de Marie-Antoinette...

"J'en suis convaincue - et ce ne sont pas les dernières images que j'emporterai de ce monde qui pourraient me persuader du contraire-, l'humanité ne progresse pas. Elle redispose autrement, selon d'autres convenances, d'après des aspirations différentes. Le système de la hiérarchie des castes avait ses défauts, mais celui de l'oppression par l'argent ne me semble pas préférable. L'obsession de s'enrichir... Il existe des banques maintenant. Ce sont, paraît-il, de petites forteresses situées au centre de certaines capitales, et qui, vues du dehors, ne se distinguent pas d'une maison normale.  Il est très curieux d'essayer de se les représenter. J'ai sans doute vu des banques sans le savoir... Mes parents étaient pauvres. Lorsque ma mère, sans une ombre d'acrimonie et mue par le seul souci de conserver vivants quelques-uns de ses enfants, se permettait de montrer à mon père le dénuement de notre famille, celui-ci qui était très pieux et nous chérissait, avait un sourire. Détournant les yeux de notre misère, il les élevait vers une lucarne et disait: 'La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dans les greniers, et votre Père céleste les nourrit! Ne valez-vous pas, vous, beaucoup plus qu'eux? Et du vêtement pourquoi être en souci? Observez les lis des champs, comme ils croissent: ils ne peinent ni ne filent. Ma mère regardait, comme lui, vers la fenêtre sans carreaux. Elle souriait du même sourire..."

Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine, Seuil, 2002.

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06 février 2008

Les Adieux à la Reine

La lectrice Marie-Antoinette, en exil à Vienne, se remémore ses derniers jours, en compagnie du couple royal et de la Cour, à Versailles, splendeur crasseuse et malodorante...

"Là où se décidait la Mode. Et tant pis si l'on portait parfois des dentelles mangées par les souris: elles inventaient, malignes, un nouveau point."

Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine, Seuil, 2002.

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