dentelles d'encre / Ink Lace

florilège : le textile et les ouvrages de dame dans la littérature

15 mars 2008

Erica Jong

L'objet de notre quête
évidemment n'existait pas
cette tapisserie intitulée Matin
sous les nuées tissées de haute laine
où des oiseaux invraisemblables
très incroyablement célébraient par leurs chants
des fables.

Un papillon de nuit parmi les dents du lion
yodlait comme le rossignol de Keats
et les trochées chantaient parmi les iambes,
tandis qu'en fraise frisotée et gilet de brocart
tu penchais ton sourire
sur l'herbe revêtue de sa soie de soleil,
où couchée dans les flots de ruchés en folie
je pressais sur le sol une oreille attentive,
dans l'espoir d'entendre, au galop des sabots,
la licorne éveiller les échos de la terre.

Elle parut, environnée d'un incendie
de broderies de feu, regard d'agathe,
corne d'ivoire et d'infâme légende,
hennissant haut des concerti baroques
et croyant l'avoir capturée pour de vrai,
nous festoyâmes de vin blanc et de brioche
en échangeant devant témoins
d'impossibles serments.

La suite, vous la connaissez:
dans l'humidité vénéneuse et spongieuse du soir,
où les amants se tournent et retournent,
toussent et se tiennent discours
épaissis de sommeil,
dans la longue nuit d'hiver du mariage
sans bruit la licorne s'enfuit
et, tel un cauchemar d'insomniaque, l'amour
finalement n'est plus
qu'un moindre mal.

Parfois elle revient, caracolant
parmi les sombres tapisseries de la nuit,
arrachant bras, jambes et literies
et menus écheveaux de poil et de cheveu.
mais pas plus que ne survit l'esprit de la quête,
nous ne reconnaissons la bête,
ou bien alors nous lui donnons
un autre nom.

Erica Jong

Merci Myriam pour cette contribution qui forme une véritable tapisserie hypertextuelle...

Posté par Le Clown navet à 07:57 - Poésie - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


12 mars 2008

Dentelles statistiques

Incroyable! Trouvé par hasard car je prends rarement le temps de fureter dans les statistiques de ce blogue, ce témoignage scientifique du rayonnement international de Dentelles d'encre!

Certains sont sans doute arrivés là par hasard, mais j'aime à penser que certains sont restés pour jouer les promeneurs solitaires...


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
FranceFrance636262%
AlgérieAlgérie212121%
BelgiqueBelgique333%
Afrique du sudAfrique du sud333%
SuisseSuisse333%
LuxembourgLuxembourg222%
CanadaCanada222%
EspagneEspagne111%
États-unisÉtats-unis111%
Émirats arabes unisÉmirats arabes unis111%
TurquieTurquie111%

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10 mars 2008

La Dame blanche

« Lorsque sa tante Lavinia meurt en 1860, Emily s’attache à ses filles, Louise et Frances. Elle les appelle 'ses enfants' et leur envoie des lettres aussi peuplées que des maisons de poupée. Chacune lève son rideau d’encre sur une scène drôle ou cruelle ».

Christian Bobin, La Dame blanche.

Merci Anne pour cette contribution en cascade qui se termine par un clin d'oeil au titre de notre blog contributif !

Posté par Le Clown navet à 08:43 - Roman/Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mars 2008

La Dame blanche

Où il est question de poule et de canevas, mais non de canevas représentant une poule...

« Sa mère raconte à Emily qu’à l’enterrement de Jenie Hitchcock, une poule suivie par ses poussins a essayé, en volant, de sauter par la fenêtre jusqu’au lit de la morte. Le canevas fait, Eily le remplit de ses couleurs : je suppose dit-elle, que la poule et ses poussins voulaient dire adieu à celle qui les nourrissait ».

Christian Bobin, La Dame blanche.

Merci Anne pour cette contribution!

Posté par Le Clown navet à 07:36 - Roman/Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 mars 2008

La Dame blanche

Encore un extrait proposé par Anne du dialogue de Bobin avec la poétesse américaine:

« Susan revêt Emily de son ultime armure blanche. Le blanc de la robe mortuaire fraîchement repassée éclabousse la pénombre de la chambre dont les stores verts sont baissés. Emily a depuis des années élevé entre elle et le monde une clôture de lin blanc. Dans la bibliothèque du rez-de-chaussée, annoté de sa main, le livre Sainte Agnès de Tennyson. Il y est question d’une nonne, de ses atours 'blancs et purs' et de son attente d’un 'dimanche éternel'. Une horloge au fond du ciel vient d’arrêter son battant. C’est enfin dimanche. Une femme qui n’a jamais fait de mal à personne attend dans sa robe de neige, cachée derrière la mort, la suite des évènements. »

Christian Bobin, La Dame blanche.

C'est beau comme un dimanche d'hiver,
Merci Anne pour cette contribution!

Posté par Le Clown navet à 09:32 - Roman/Fiction - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2008

La Desdichada

Mexico : deux étudiants fauchés introduisent dans leur vie un mannequin volé…

« La fenêtre vers laquelle était tourné mon regard distrait se referma rapidement et en redescendant, mes yeux rencontrèrent leur reflet dans une vitrine. Comme s’ils avaient formé un corps séparé du mien – tel un guide, un chien d’aveugle – ils se heurtèrent à l’eau vitrée dans laquelle il se mirent à nager jusqu’au moment où ils tombèrent sur ce que la vitrine cachait – montrait. C’était une femme en robe de mariée. Alors que tous les mannequins exposés dans cette rue que Tonio et moi empruntions tous les jours sans rien remarquer de particulier, habitués que nous étions à la laideur globale comme aux beautés singulières de notre capitale, étaient éminemment oubliables de par leur désir d’être à la mode, cette femme attira mon attention à cause de sa robe à l’ancienne, boutonnée jusqu’au menton.


Cela se passait il y a longtemps et plus personne ne se souvient de ce qui était à la mode pour les femmes à l’époque. Celles-ci seront bientôt de vieilles femmes. Pas
la Desdichada: la somptuosité de ses noces est éternelle, l’ampleur de sa traîne suprêmement élégante. Le voile qui recouvrait son visage au teint pâle laissait deviner la perfection de ses traits, nimbés de tulle. Les souliers de satin, à talons plats, révélaient la démarche d’une jeune fille altière mais réservée. Hardiesse et obéissance. D’entre les plis de la robe immobile émergea un lézard argenté qui se laissa glisser en zigzags tremblotants. Il alla chercher la zone ensoleillée de la devanture où il s’installa comme un touriste satisfait. »

Carlos Fuentes, La Desdichada, Folio.

Merci Hélène A. pour cette contribution! Nous te souhaitons un prompt rétablissement, ta présence comme lectrice, contributrice, commentatrice et amie nous manque sur dentelles... Espérons que bientôt tu pourras recommencer à lire normalement!


 

Posté par Le Clown navet à 08:44 - Roman/Fiction - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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