dentelles d'encre / Ink Lace

florilège : le textile et les ouvrages de dame dans la littérature

06 juin 2008

Variations sur un sujet

"Ce pli de sombre dentelle, qui retient l'infini, tissé par mille, chacun selon le fil ou prolongement ignoré son secret, assemble des entrelacs distants où dort un luxe à inventorier, stryge, noeud, feuillages à présenter. Avec le rien de mystère, indispensable, qui demeure, exprimé, quelque peu."

Stéphane Mallarmé, Variation sur un sujet.

Merci Anne pour cette contribution qui nous fait flotter telle la peluche sur une toile d'araignée mythique!

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22 avril 2008

Poème de peintre

Anne a reçu, d'une amie artiste peintre, en réponse à l'envoi d'une carte textile, ce poème qu'elle partage avec nous:

As-tu déjà vu sur la planète bleue
Ses myriades de mains
Qui l'habitent et qui s'agitent
    Ou qui prient...
Des mains qui alimentent
Pétrissent, façonnent-
Qui volètent gracieusement
Tout autour d'une ballerine
- Des mains qui tissent
    Des mains de fées
    Qui brodent des soleils
    Et des jardins de fleurs
De celles qui caressent les velours
    Et les soies
Et qui forment de nouveaux mondes
        -
La symphonie silencieuse
Des étoffes qui glissent et se meuvent
        -
Les drapés prodigieux
Des mains qui tordent
Des tissus, en font des cordes
    Pour l'évasion...
Des mains ailes,
Des mains qui bercent...
Qui connaissent l'engouement
    De la vie
Et celui du tout petit
Qui s'interroge devant elles
Emerveillé...

                        Hélène

Merci, Anne et Hélène, pour cette contribution à quatre mains!

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15 mars 2008

Erica Jong

L'objet de notre quête
évidemment n'existait pas
cette tapisserie intitulée Matin
sous les nuées tissées de haute laine
où des oiseaux invraisemblables
très incroyablement célébraient par leurs chants
des fables.

Un papillon de nuit parmi les dents du lion
yodlait comme le rossignol de Keats
et les trochées chantaient parmi les iambes,
tandis qu'en fraise frisotée et gilet de brocart
tu penchais ton sourire
sur l'herbe revêtue de sa soie de soleil,
où couchée dans les flots de ruchés en folie
je pressais sur le sol une oreille attentive,
dans l'espoir d'entendre, au galop des sabots,
la licorne éveiller les échos de la terre.

Elle parut, environnée d'un incendie
de broderies de feu, regard d'agathe,
corne d'ivoire et d'infâme légende,
hennissant haut des concerti baroques
et croyant l'avoir capturée pour de vrai,
nous festoyâmes de vin blanc et de brioche
en échangeant devant témoins
d'impossibles serments.

La suite, vous la connaissez:
dans l'humidité vénéneuse et spongieuse du soir,
où les amants se tournent et retournent,
toussent et se tiennent discours
épaissis de sommeil,
dans la longue nuit d'hiver du mariage
sans bruit la licorne s'enfuit
et, tel un cauchemar d'insomniaque, l'amour
finalement n'est plus
qu'un moindre mal.

Parfois elle revient, caracolant
parmi les sombres tapisseries de la nuit,
arrachant bras, jambes et literies
et menus écheveaux de poil et de cheveu.
mais pas plus que ne survit l'esprit de la quête,
nous ne reconnaissons la bête,
ou bien alors nous lui donnons
un autre nom.

Erica Jong

Merci Myriam pour cette contribution qui forme une véritable tapisserie hypertextuelle...

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12 janvier 2008

Manuscrits d'Emily Dickinson

Interpelée par le scoop d'Anne qui m'écrit qu'Emily Dickinson avait des cahiers dans lesquels elle brodait des illustrations de ses poèmes, je suis allée fureter sur la toile. Hélas, aucune photo de ce que j'imagine être des petits bijoux... Mais quelques exemples de l'écriture de la poétesse: son écriture est rythmée par un usage des majuscules tout personnel ainsi que par de nombreux traits de tailles et d'inclinaisons différentes: son écriture elle-même semble brodée!

Editing Emily Dickinson (site d'une université américaine)

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25 décembre 2007

Le chant des brodeuses

Dominant les forêts
traversant les rivières
l'été aux yeux de raisin mûr

marche vers nous dans le soleil


Jarres d'huile murées
dans le silence de midi
les femmes écoutent battre un coeur
qu'elles ont caché dans cette terre


Jadis elles débusquaient l'été
se baignaient nues dans la rivière
bêtes et flammes les suivaient
et le vent frémissait
dans les sentiers
sous leur regard


Et sous leurs doigts les soies s'emmêlent
capturant sources et rumeurs
destinant cette fièvre
née du feuillage et des couleurs.


Marie-Paule Lavezzi, Le Chant des brodeuses, CRDP de Corse, 1988

Merci, Ariane, pour cette contribution!

Je suis particulièrement touchée par le glissement de la dernière strophe: on attend (et on entend!) "dessinant", mais "destinant" fait surgir l'image des Parques...

Joyeux noël à toutes!

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02 août 2007

Si claire sera la pénombre

Dentelle_orange

Offert par l'auteur, ce poème textile qu'elle accompagne d'un papillon de papier:


Si claire sera la pénombre

La princesse
Emplie d'ennui
S'enfuit,
File au versant de sa vie.
Son ample chevelure d'ambre
Au diadème de voie lactée
Sa traîne, semis de comètes défaites,
S'alourdissent
Des illusions perdues, des désillusions,
Poussière d'étoiles d'anciennes fêtes,
De rêves brisés, de mondes défaits,
Adieu ma mie,
Le rosé des joues pleines et rondes,
Le pétillant des prunelles aux soirs emplis de promesses
Embellies de parures de perles,
Larmes si souvent versées en vain.
Résolue, elle se pose,
Lisse la soie de ses cheveux
Secoue son jupon, ample et rose corolle,
Recueille dans ses mains en coupe
Comme on boit, avide à la source,
Les mensonges des uns,
Les injures des autres,
Les infimes brûlures, les infinies souffrances
Ces riens qui trament le quotidien
Et qu'elle entremêle aux espoirs
Dont encore palpite l'âme défaillante
Elle avise le chemin parcouru, celui qui à ses pieds se déroule
Et aux rubans suranés du passé,
Elle natte ceux plus chatoyants de demain
Ainsi se tisse sous ses doigts arachnéens de fée
La plus précieuse des étoiles:
Sa vie.


                        Anne Gailhbaud, juillet 2000.

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27 juillet 2007

'Ma navette'

Ma navette

                    

Un canut qu'un temps de disette
        Forçait à chanter tous les jours
        Disait à sa chère navette
        Objet de ses meilleurs amours :
        La morte , hélas ! a remplacé la presse
        Où ton travail entretient mon bras,
        Et aujourd'hui que nous n'avons plus de presse
        Repose-toi mais ne t'engourdis pas.
        Un jour que j'étais en chômage
        Un brave canut de Lyon
        Me rencontrant à la Déserte
        M'emmena droit au Gourguillon.
        Fier d'être assis sur sa noble banquette,
        Dans l'art de la soie je marchais à grand pas.
        Ca n'est plus cela, ô ma chère navette,
        Repose-toi mais ne t'engourdis pas.
        Dans cette ville où, tout de même,
        La Fabrique est le plus bel art,
        Des hommes, trop pleins d'esprit,
        Ont, par malheur, inventé la Jacquard.
        Alors depuis nous laissons la clinquette
        Le jacquardié remue aussi les bras,
        Et comme nous, il dit à sa navette :
        Repose-toi mais ne t'engourdis pas.
        Tu as fait assez pour la Fabrique,
        Tu as su apprendre, dans ma main,
        Aux apprentis de ma boutique,
        Fabriquer du gros de Naples et du satin.
        Mais quand je viens de monter un florenc ,
        Que même mon marchand met à bas,
        Je vois toujours une lueur d'espérance,
        Repose-toi mais ne t'engourdis pas.
        Je peux passer partout sans blâme,
        Aux marchands j'ai rendu leur poids;
        Je n'ai pas humidifié leur trame,
        Malgré la gêne où j'ai été cent fois.
        Si tu as parfois, glissant sous la façure,
        Dégringolé de haut en bas,
        Tes fils jamais n'en ont fait d'écorchures;
        Repose-toi mais ne t'engourdis pas.

      

Louis-Etienne  Blanc (1777-1854)

Sauvé, encore, avant fermeture du Conservatoire des Vieux Métiers du Textile.

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03 juillet 2007

Hérodiade

    se penche-t-elle d'un

côté - de l'autre -
            montrant un
sein - l'autre -

            et surprise
            sans gaze

selon ce sein, celui-là
            identité
    et cela fait - sur
un pied l'autre,
            eux-mêmes
                                        sur les pieds
                                        seins
une sorte de danse

effrayante esquisse
- et sur place, sans
bouger
                    - lieu nul.

Stéphane Mallarmé, Hérodiade.


"Sans gaze"? Pas du tout, le voile, c'est le poème dont l'écriture serpentine ondule comme le tulle d'un tutu ou la soie d'une toge, avant de s'immobiliser...

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28 mai 2007

Travaux d'aiguilles

Tout frais, composé pour dentelles d'encre, ce sonnet inédit:

« Le premier vers est porté par les dieux. »

Paul Valéry


TRAVAUX D’AIGUILLES



Le monde est un patchwork de couleurs et de fibres

Intimement croisées, souvent à leur insu,

Par une volonté qui nous préfère libres,

Et peut seule embrasser l’ensemble du tissu.


Je suis, tu es un fil qui se fraie, maille à maille,

Un chemin compliqué, obscur et périlleux,

Dont tu ne vois qu’un pas après l’autre, à la taille

De ta vue limitée à l’horizon des cieux.


Ne résiste donc pas à l’aiguille qui guide

Ton tracé ignorant, craintif et saugrenu :

Aie confiance en la main qui doucement dévide


Ton destin tricoté en un point inconnu,

Dont tu peux toutefois infléchir d’une bride

Ou d’un retard la voie de celui qui décide.



Hélène Aribaut

14 Mai 2007, 17h.



Merci Hélène pour cette contribution directe de poétesse...

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02 mai 2007

Couture

                Couture

Feuillages en vert plumetis

Satin crème pour la rivière

         Arbres noirs à la
              boutonnière

Ciel de linon léger et gris

Gazon de velours rembourré

Surtout n'y perdez pas mon dé!

      La Nature au printemps
                   s'affaire

Dans son salon de couturière.

Michèle Corti, publié dans Patchigordingue, le journal de la délégation France Patchwork 24.

Merci, Anne, pour cette contribution de saison!

 

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