dentelles d'encre / Ink Lace

florilège : le textile et les ouvrages de dame dans la littérature

14 mai 2007

Légende japonaise

"Comme tissu pour la robe, nous nous servons de soie ou de coton, selon ce qui convient. Ce n'est pas toujours le cas que le coton soit pur et la soie impure. Il n'y a aucun point de vue qui permette de haïr le coton et préférer la soie; cela serait risible. La méthode habituelle des bouddhas, dans tous les cas, est de considérer que les chiffons constituent le meilleur tissu. Il y a dix et quatre sortes de chiffons; qui sont: brûlés, mâchés par un boeuf, rongé par les rats, linceuls pour les morts, et ainsi de suite.
Les gens des cinq parties de l'Inde jetaient ces chiffons dans les rues et dans les  champs, comme s'ils étaient des ordures, et les appelaient donc, "chiffons de rebut". Les pratiquants les ramassaient, les lavaient et les cousaient, et s'en servaient pour se couvrir le corps.
Parmi ces chiffons, il y a diverses sortes de soie et diverses sortes de coton. Nous devons rejeter la vue qui opère une discrimination  entre]la soie et le coton, et étudier les chiffons en pratique. Lorsque, dans les temps anciens, [le Bouddha] se trouvait à laver une robe de chiffons dans le lac Anavatapta, le roi Dragon fit son éloge avec une pluie de fleurs, et fit des prosternations de révérence.
Certains enseignants du Petit Véhicule ont une théorie sur le fil transformé, qui pourrait bien, elle aussi, être sans fondement. Les gens du Grand Véhicule pourraient bien en rire. Quelle sorte [de  fil] n'est pas du fil transformé? Lorsque ces enseignants entendent parler de transformation,  ils croient leurs oreilles, mais lorsqu'ils la voient réellement, ils n'en croient pas leurs yeux. Rappelez-vous, en ramassant des chiffons, il peut y avoir du coton qui ressemble à de la soie, et il peut y avoir de la soie qui ressemble au coton. Comme il y a des myriades de différences entre les coutumes  locales, il est difficile de sonder la création [de la Nature] -- les  yeux de chair ner peuvent le savoir. Quand on a obtenu ce tissu, il ne  faut pas discuter si  c'est de la soie ou du coton, mais l'appeler des chiffons.

Shôbôgenzô Kesa kudoku de maître Dôgen, Les mérites du kasâya.

Merci Isatinctoria pour cette légende qui réhabilité le coton... bazin!

Texte du treizième sicècle sur lequel Wikipedia nous éclaire, ouf!

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09 septembre 2006

Le Voyage d'Italie

"La femme de Pietraperzia portait sur elle un tablier si rapiécé que les morceaux se chevauchaient, impossibles à compter, et de toutes les couleurs; en sorte qu'il avait pris le double d'épaisseur et paraissait la housse de l'âne.
Son mari, qui le lui connaissait depuis le jour de leurs noces, n'en pouvait plus de la voir y mettre sans cesse la main pour le rapiécer, les morceaux n'étant jamais suffisants et le tablier s'en allant de partout; et, le jour de la foire étant arrivé, il lui en acheta un nouveau.
La femme en le voyant n'avait pas assez d'éloges, car il était à fleurs; et entre-temps elle se disait:

      Quels beaux morceaux à découper là-dedans pour mon vieux tablier usé, comme ça je pourrai me le mettre même quand il y aura jour de fête.

Et s'étant armée d'une paire de ciseaux, elle commença à y découper en tous sens des morceaux pour son vieux tablier; et, le travail fini, elle le montra toute contente à son mari:

          Regardez, mon mari, comme mon tablier est si bien rapiécé qu'il a l'air flambant neuf."

Dominique Fernandez, Le Voyage d'Italie, Plon.

Merci  Anne, pour ce clin d'oeil aux incrédules qui nous voient découper du tissu tout neuf pour coudre ensemble les fragments et obtenir un tissu qui n'est pas plus grand!

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08 juillet 2006

Le Pré maudit de Gathemo

 "On connaît la fable de La Fontaine intitulée 'Les deux coqs'. Elle commence en ces termes :
'Deux cops vivaient en paix : une poule survint,
Et voilà la guerre allumée.'
Eh bien ! il paraît qu'à Gathemo, une légende déplorable donnerait raison à cet apologue.

Deux frères, dit-elle, avaient porté leurs hommages vers la même jeune fille, qui les avait accueillis l'un et l'autre sans aucune distinction. Par coquetterie, sans doute, elle avait reçu leurs serments et y avait répondu par des promesses.
Un jour, elle vint les trouver dans la prairie où ils travaillaient ensemble. Ils étaient silencieux, fauchant côte à côte les herbes déjà mûries par les ardeurs du mois de juillet.
Jeanne, tout en les regardant dévorer rapidement l'espace, filait sa quenouille et prenait place sur une pierre taillée en forme de siège.

Tout à coup, l'un des deux lève sa faux sur son frère, le frappe rudement de son instrument et l'étend mort à ses pieds.
Le fuseau s'échappe des mains de la fileuse et le peloton se déroule tout entier entre deux andains, avec une rectitude irréprochable de ligne. Depuis ce jour, le côté de la prairie sur lequel travaillait l'assassin est resté infertile, tandis que l'autre produit toujours les plus belles récoltes de foin. D'une part, l'aridité la plus complète; d'autre part, la fertilité la plus luxuriante. L'épaisseur d'un fil forme la seule ligne de démarcation entre ces deux extrêmes.

Le pré maudit est fort connu. On a fait quelques fouilles pour retrouver la pierre sur laquelle s'est assise l'unique témoin de cet assassinat; elle s'est abîmée à une profondeur immense, dont personne n'a pu sonder le terme.
Pour la jeune fille, cause involontaire de cet événement malheureux, après avoir refusé la foi du fratricide, elle entra dans un couvent."

Hippolyte Sauvage, 'Le Pré maudit de Gathemo'.

Merci, Jacqueline, pour cette contribution!

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12 juin 2006

Craignez la fileuse

Légende qui nous vient des Ardennes:

La fileuse du château de Linchamps

"Entre Hautes-Rivières et Nohan, sur un haut promontoire enserré par la Semoy, s'élevait autrefois une puissante forteresse du nom de Linchamps. A l'abri de sa triple enceinte bastionnée, ce château, reconstruit dans le milieu du XVIème siècle par un certain Jean de Louvain, Baron de Rognac, servit de repaire à une bande de reîtres (1), sans foi ni loi, qui pillaient les terres d'Empire toutes proches.

Démantelée sous le règne de Louis XIV, cette vaste fortification de pierre et de terre ne se releva jamais de ses ruines. Ses vestiges, enfouis sous les arbres et la mousse, sont discrets mais encore importants pour qui sait les reconnaître : terrasses d'artillerie, escaliers taillés dans le roc, caves et parapets.

On raconte que, naguère, la dernière châtelaine de Linchamps apparaissait toutes les nuits assise dans une anfractuosité en forme de siège, reste d'une ancienne tourelle, qu'on appelle "Chaise de la Fileuse", car ce fantôme, enveloppé d'une gaze légère et blanche, y filait à longueur de nuit. On pouvait voir tourner son rouet qui ne faisait aucun bruit. Quand la dame se levait, elle poussait du pied quelques pierres qui tombaient dans la Semoy, comme si elle eût voulu faire disparaître toute trace de son ancienne demeure.

A Nohan, les mères disaient souvent à leurs enfants : "Prends garde à la Fileuse ! Si tu n'est pas sage, elle t'écrasera en te jetant une grosse pierre."


Cette légende fait partie d'une course à énigme télévisée -plus d'information ici.

Merci Jacqueline pour cette contribution!

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05 juin 2006

Légende: le tissage des pagnes

Mais pourquoi le hommes qui pratiquent le tissage des pagnes Manjak sont-ils auréolés de pouvoir divin?

"La légende dit que ce serait un esprit qui a appris le tissage à un homme manjaku du village de "Kalëkës" qui aurait signé un pacte avec lui. Il l'aurait appris à d'autres. De ce fait tous ceux qui étaient tisserands à l'époque avaient "une corne de communication" avec cet esprit ou démon et devaient obligatoirement offrir régulièrement le sacrifice d'un poulet et faire une libation sur cette corne. Puisque les tisserands allaient de village en village pour travailler pour des gens, ils étaient nourris, logés, blanchis et les frais du sacrifice étaient à la solde de la personne qui les avait engagé lui et son aide. C'était des gens respectés du fait de l'importance de leur travail."

Plus sur le tissage des pagnes manjak ici.

Merci Jacqueline pour cette contribution!

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12 décembre 2005

Arachne

Arachnée, encore.

Dans les Métamorphoses d'Ovide, ici.

Et quelques extraits d'un poème de Kate Hovey illusté par Blair Drawson
l'incipit:

as12

Ici, Athena, folle de jalousie, détruit la tapisserie dans laquelle Arachnée se riait des dieux...

as2

excipit:

as3

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04 décembre 2005

La couturière et le sapin

En ce mois de décembre, écoutez la complainte d'un sapin qui coud dans une fable écologique où la mésentente entre ville est campagne est d'actualité:

La couturière et le sapin

La couturière à la journée
S'est assie dès le matin,
Sous le grand sapin du jardin:
Puisque telle est sa destinée,
Et qu'à cette humble tâche elle fut condamnée,
Qu'à chacun de ses points succède un autre point.
Ici, elle goûte du moins
Une douceur à laquelle elle est loin
D'avoir été la pauvre fille accoutumée.
Lorsque, de son ouvrage, elle lève les yeux,
Au lieu d'un mur aux hideuses lézardes,
A l'horizon de sa mansarde,
Voir des arbres, voir le ciel bleu,
Et respirer des parfums balsamiques,
Et non plus ces relents délétères et lourds
Dont empoisonne les faubourgs
L'usine des produits chimiques...!
- Ici cours, mon aiguille, cours!
Je ne me sens plus anémique!
Que ne puis-je y coudre toujours,
A cher sapin, sous vos ombrages...?
Mais le sapin, plein de dédain, sur son ouvrage,
En ricanant, penche
Ses branches:
- Cela, se moque-t-il, cela, de la couture
Ma chère, quelle sinécure!
Au lieu d'avoir au bout des doigts
Une aiguille, une seule aiguille,
Que diriez-vous, s'il vous fallait, ma fille,
S'il vous fallait en avoir à la fois,
Comme moi, des cents et des mille!
Il vous semble exceptionnel,
Que je travaille dans un tel
Cadre, et dans quelles conditions d'hygiène?
Mais songez aussi à ma peine,
Songez que je suis la couturière du ciel.
Quand le ciel est soudain déchiré par la foudre,
Ou quand le soleil de ses flèches
Le transperce,
Mon aiguille doit le recoudre
Avecque les fils de la Vierge
Et la nuit, lorsque les étoiles
Ont, dans ses voiles,
Fait mille trous,
Je couds, je couds, je couds, je couds,
Car il faudra qu'avant l'aurore
Soit stoppé tout le firmament.

Quand on fait un si grand emploi de métaphores,
C'est que l'on manque d'arguments.

Franc Nohain. Fables.

Contribution d'Anne Gailhbaud. Merci pour cette fable aussi édifiante qu'amusante!

Posté par Le Clown navet à 09:53 - Fables/Légendes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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