04 avril 2007
Légende dogon
Isa (Isatinctoria) a choisi, pour notre échange textile, une légende dogon (que j'ai illustrée ici).
En réponse au texte d'Erik Orsenna envoyé par Sylvie L., légende partagée par Isa:
"Le
jour venu, à la lumière du soleil, le Septième génie expectora
quatre-vingts fils de coton qu’il répartit entre ses
dents supérieures utilisées comme celles d’un peigne de
métier à tisser. Il forma ainsi la plage impaire de la chaîne. Il fit
de même avec les dents inférieures pour constituer
le plan des fils pairs. En ouvrant et refermant ses
mâchoires, le génie imprimait à la chaîne les mouvements
que lui imposent les lices du métier.
Et
comme tout son visage participait au labeur, ses ornements
de nez représentaient la poulie sur laquelle ces dernières
basculent ; la navette n’était autre que l’ornement
de la lèvre inférieure. Tandis
que les fils se croisaient et se décroisaient, les deux
pointes de la langue fourchue du génie poussaient alternativement
le fil de trame et la bande se formait hors de la
bouche, dans le souffle de la deuxième parole révélée.
En
effet, le génie parlait. Comme avait fait le Nommo lors
de la première divulgation, il octroyait son verbe au travers
d’une technique, afin qu’il fût à la portée des hommes.
Il montrait ainsi l’identité des gestes matériels et des
forces spirituelles ou plutôt la nécessité de leur coopération.
Le
génie déclamait et ses paroles colmataient tous les interstices
de l’étoffe ; elles étaient tissées dans les fils et faisaient
corps avec la bande. Elles étaient le tissu lui-même et le
tissu était le verbe. Et c’est pourquoi étoffe se dit soy,
qui
signifie « c’est la parole ». Et ce mot veut dire
aussi 7, rang de celui qui parla en tissant.
Durant l’accomplissement du travail, la fourmi allait et venait sur les bords de l’orifice, dans le souffle du génie, entendant et retenant les paroles. Nantie de cette nouvelle instruction, elle la communiqua aux hommes qui hantaient les parages et qui avaient déjà suivi la transformation du sexe de la terre."
Marcel Griaule, Dieu d'eau.
Merci Isa pour ce texte, que vous pouvez voir illustré par ses trois complices ici.
En prime, le second texte d'Isa, encore une légende dogon, et nos trois illustrations!
07 juillet 2006
Les trois fileuses
Assez prenant, le début des 'Trois fileuses':
"Il était une jeune fille paresseuse qui ne
voulait pas filer. Sa mère avait beau se mettre en colère, elle n'en pouvait
rien tirer. Un jour elle en perdit tellement patience qu'elle alla jusqu'à lui
donner des coups, et la fille se mit à pleurer tout haut. Justement la reine
passait par là ; en entendant les pleurs, elle fit arrêter sa voiture, et,
entrant dans la maison, elle demanda à la mère pourquoi elle frappait sa fille
si durement que les cris de l'enfant s'entendaient jusque dans la rue. La femme
eut honte de révéler la paresse de sa fille, et elle dit: 'Je ne peux pas lui
ôter son fuseau; elle veut toujours et sans cesse filer, et dans ma pauvreté je
ne peux pas suffire à lui fournir du lin.'
La reine répondit: 'Rien ne me plaît plus que la quenouille;
le bruit du rouet me charme; donnez-moi votre fille dans mon palais; j'ai du lin
en quantité; elle y filera tant qu'elle voudra.' La mère y consentit de tout
son cœur, et la reine emmena la jeune fille."
Contes choisis des frères Grimm, trad. Frédéric Baudry, Librairie Hachette,Contes fantastiques et
contes facétieux.
Si vous voulez connaître l'issue de l'aventure de la jeune fille qui n'aimait pas filer, courez vite ici.
Merci Anne pour cette contribution!
04 juin 2006
Le Chat botté
Un extrait du 'Chat botté', de Charles
Perrault, où l'absence de vêtements - ce qui nous évoque
immanquablement le conte d'hier, 'Les habits neufs de l'empereur' -
sert l'ascension sociale du plus jeune, et donc plus démuni, fils d'un
meunier:
"[...]
Un jour qu'il sut que le roi devait aller à la promenade sur le bord de
la rivière avec sa fille, la plus belle princesse du monde, il dit à
son maître:
- Si vous voulez suivre mon conseil, votre fortune est faite; vous
n'avez qu'à vous baigner dans la rivière à l'endroit que je vous
montrerai, et ensuite me laisser faire.
Le Marquis de Carabas fit ce que son chat lui conseillait, sans savoir
à quoi cela serait bon. Pendant qu'il se baignait, le roi vint à
passer, et le chat se mità crier de toutes ses forces:
- Au secours, au secours, voilà Monsieur le Marquis de Carabas qui se noie!
À ce cri le roi mit la têteà la portière, et reconnaissant le chat qui
lui avait apportétant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu'on
allât vite au secours de Monsieur le Marquis de Carabas.
Pendant qu'on retirait le pauvre marquis de la rivière, le chat
s'approcha du carrosse,et dit au roi que dans le temps que son maître
se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits,
quoiqu'il eût crié au voleur de toutes ses forces; le drôle les avait
cachés sous une grosse pierre. Le roi ordonna aussitôt aux officiers de
sa garde-robe d'aller chercher un de ses plus beaux habits pour
monsieur le Marquis de Carabas. Le roi lui fit mille caresses, et comme
les beaux habits qu'on venait de lui donner relevaient sa bonne mine
(car il était beau, et bien fait de sa personne), la fille du roi le
trouva fort àson gré, et le Marquis de Carabas ne lui eut pas jeté deux
ou trois regards fort respectueux, et un peu tendres, qu'elle en devint
amoureuse à la folie. [...]"
Le conte dans son ensemble se trouve ici.
Merci, Anne, pour cette contribution!
03 juin 2006
Les habits neufs de l'empereur
Il y a de longues années, vivait un empereur qui aimait plus que tout les habits neufs, qui dépensait tout son argent pour être bien habillé. Il ne se souciait pas de ses soldats, ni du théâtre, ni de ses promenades dans les bois, si ce n'était pour faire le montre de ses vêtements neufs. Il avait un costume pour chaque heure de chaque jour de la semaine et tandis qu'on dit habituellement d'un roi qu'il est au conseil, on disait toujours de lui: "L'empereur est dans sa garde-robe!"
Dans la grande ville où il habitait, la vie était gaie et chaque jour beaucoup d'étrangers arrivaient. Un jour, arrivèrent deux escrocs qui affirmèrent être tisserands et être capables de pouvoir tisser la plus belle étoffe que l'on pût imaginer. Non seulement les couleurs et le motif seraient exceptionnellement beaux, mais les vêtements qui en seraient confectionnés posséderaient l'étonnante propriété d'être invisibles aux yeux de ceux qui ne convenaient pas à leurs fonctions ou qui étaient simplement idiots.
"Ce serait des vêtements précieux, se dit l'empereur. Si j'en avais de pareils, je pourrais découvrir qui, de mes sujets, ne sied pas à ses fonctions et départager les intelligents des imbéciles ! Je dois sur le champ me faire tisser cette étoffe!" Il donna aux deux escrocs une avance sur leur travail et ceux-ci se mirent à l'ouvrage.
Ils installèrent deux métiers à tisser, mais ils firent semblant de travailler car il n'y avait absolument aucun fil sur le métier. Ils demandèrent la soie la plus fine et l'or le plus précieux qu'ils prirent pour eux et restèrenet sur leurs métiers vides jusqu'à bien tard dans la nuit.
"Je voudrais bien savoir où ils en sont avec l'étoffe!" se dit l'empereur. Mais il se sentait mal à l'aise à l'idée qu'elle soit invisible aux yeux de ceux qui sont sots ou mal dans leur fonction. Il se dit qu'il n'avait rien à craindre pour lui-même, mais préféra dépêcher quelqu'un d'autre pour voir comment cela se passait. Chacun dans la ville connaissait les qualités exceptionnelles de l'étoffe et tous étaient avides de savoir combien leur voisin était inapte ou idiot.
- Je vais envoyer mon vieux et honnête ministre auprès des tisserands, se dit l'empereur. Il est le mieux à même de juger de l'allure de l'étoffe; il est d'une grande intelligence et personne ne fait mieux son travail que lui!"
Le vieux et bon ministre alla donc dans l'atelier où les deux escrocs étaient assis, travaillant sur leurs métiers vides. "Que Dieu nous garde! pensa le ministre en écarquillant les yeux. Je ne vois rien du tout!" Mais il se garda bien de le dire.
Les deux escrocs l'invitèrent à s'approcher et lui demandèrent si ce n'étaient pas là en effet un joli motif et de magnifiques couleurs. Puis, ils lui montrèrent un métier vide. Le pauvre vieux ministre écarquilla encore plus les yeux, mais il ne vit toujours rien, puisqu'il n'y avait rien. "Mon Dieu, pensa-t-il, serais-je sot? Je ne l'aurais jamais cru et personne ne devrait le savoir! Serais-je inapte à mon travail? Non, il ne faut pas que je raconte que je ne peux pas voir l'étoffe.
- Eh bien, qu'en dites-vous ? demanda l'un des tisserands.
- Oh, c'est ravissant, tout ce qu'il y a de plus joli ! répondit le vieux ministre, en regardant au travers de ses lunettes. Ce motif et ces couleurs! Je ne manquerai pas de dire à l'empereur que tout cela me plaît beaucoup!
- Nous nous en réjouissons!" dirent les deux tisserands. Puis, ils nommèrent les couleurs et discutèrent du motif. Le vieux ministre écouta attentivement afin de pouvoir lui-même en parler lorsqu'il serait de retour auprès de l'empereur; et c'est ce qu'il fit.
Les deux escrocs exigèrent encore plus d'argent, plus de soie et plus d'or pour leur tissage. Ils mettaient tout dans leurs poches et rien sur les métiers; mais ils continuèrent, comme ils l'avaient fait jusqu'ici, à faire semblant de travailler.
L'empereur envoya bientôt un autre honnête fonctionnaire pour voir où en était le travail et quand l'étoffe serait bientôt prête. Il arriva à cet homme ce qui était arrivé au ministre: il regarda et regarda encore, mais comme il n'y avait rien sur le métier, il ne put rien y voir.
"N'est-ce pas là un magnifique morceau d'étoffe? lui demandèrent les deux escrocs en lui montrant et lui expliquant les splendides motifs qui n'existaient tout simplement pas.
- Je ne suis pas sot, se dit le fonctionnaire; ce serait donc que je ne conviens pas à mes fonctions? Ce serait plutôt étrange, mais je ne dois pas le laisser paraître! Et il fit l'éloge de l'étoffe, qu'il n'avait pas vue, puis il exprima la joie que lui procuraient les couleurs et le merveilleux motif. Oui, c'est tout-à-fait merveilleux!" dit-il à l'empereur.
Dans la ville, tout le monde parlait de la magnifique étoffe, et l'empereur voulu la voir de ses propres yeux tandis qu'elle se trouvait encore sur le métier. Accompagné de toute une foule de dignitaires, dont le ministre et le fonctionnaire, il alla chez les deux escrocs, lesquels s'affairaient à tisser sans le moindre fil.
"N'est-ce pas magnifique? dirent les deux fonctionnaires qui étaient déjà venus. Que Votre Majesté admire les motifs et les couleurs!" Puis, ils montrèrent du doigt un métier vide, s'imaginant que les autres pouvaient y voir quelque chose.
- Comment!, pensa l'Empereur, mais je ne vois rien! C'est affreux! Serais-je sot? Ne serais-je pas fait pour être empereur? Ce serait bien la chose la plus terrible qui puisse jamais m'arriver.
- Magnifique, ravissant, parfait, dit-il finalement, je donne ma plus haute approbation!" Il hocha la tête, en signe de satisfaction, et contempla le métier vide; mais il se garda bien de dire qu'il ne voyait rien. Tous les membres de la suite qui l'avait accompagné regardèrent et regardèrent encore; mais comme pour tous les autres, rien ne leur apparut et tous dirent comme l'empereur: "C'est véritablement très beau !" Puis ils conseillèrent à l'Empereur de porter ces magnifiques vêtements pour la première fois à l'occasion d'une grande fête qui devrait avoir lieu très bientôt.
Merveilleux était le mot que l'on entendait sur toutes les lèvres, et tous semblaient se réjouir. L'empereur décora chacun des escrocs d'une croix de chevalier qu'ils mirent à leur boutonnière et il leur donna le titre de gentilshommes tisserands.
La nuit qui précéda le matin de la fête, les escrocs restèrent à travailler avec seize chandelles. Tous les gens pouvaient se rendre compte du mal qu'ils se donnaient pour terminer les habits de l'empereur. Les tisserands firent semblant d'enlever l'étoffe de sur le métier, coupèrent dans l'air avec de gros ciseaux, cousirent avec des aiguilles sans fils et dirent finalement: "Voyez, les habits neufs de l'empereur sont à présent terminés !"
"Voyez, Majesté, voici le pantalon, voilà la veste, voilà le manteau! et ainsi de suite. C'est aussi léger qu'une toile d'araignée; on croirait presque qu'on n'a rien sur le corps, mais c'est là toute la beauté de la chose!
- Oui, oui ! dirent tous les courtisans, mais ils ne pouvaient rien voir, puisqu'il n'y avait rien.
- Votre Majesté Impériale veut-elle avoir l'insigne bonté d'ôter ses vêtements afin que nous puissions lui mettre les nouveaux, là, devant le grands miroir !"
L'empereur enleva tous ses beaux vêtements et les escrocs firent comme s'ils lui enfilaient chacune des pièces du nouvel habit qui, apparemment, venait tout juste d'être cousu. L'empereur se tourna et se retourna devant le miroir.
"Dieu ! comme celà vous va bien. Quels dessins, quelles couleurs", s'exclamait tout le monde.
"Ceux qui doivent porter le dais au-dessus de
Votre Majesté ouvrant la procession sont arrivés, dit le maître des
cérémonies.
- Je suis prêt, dit l'empereur. Est-ce que cela ne me va pas bien ?" Et
il en se tourna encore une fois devant le miroir, car il devait faire
semblant de bien contempler son costume.
Les chambellans qui devaient porter la traîne du manteau de cour tâtonnaient de leurs mains le parquet, faisant semblant d'attraper et de soulever la traîne. Ils allèrent et firent comme s'ils tenaient quelque chose dans les airs; ils ne voulaient pas risquer que l'on remarquât qu'ils ne pouvaient rien voir.
C'est ainsi que l'Empereur marchait devant la procession sous le magnifique dais, et tous ceux qui se trouvaient dans la rue ou à leur fenêtre disaient: "Les habits neufs de l'empereur sont admirables ! Quel manteau avec traîne de toute beauté, comme elle s'étale avec splendeur !" Personne ne voulait laisser paraître qu'il ne voyait rien, puisque cela aurait montré qu'il était incapable dans sa fonction ou simplement un sot. Aucun habit neuf de l'empereur n'avait connu un tel succès.
"Mais il n'a pas d'habit du tout ! cria petit enfant dans la foule.
- Entendez la voix de l'innocence!", dit le père; et chacun murmura à son voisin ce que l'enfant avait dit.
Puis la foule entière se mit à crier: "Mais il n'a pas d'habit du tout!" L'empereur frisonna, car il lui semblait bien que le peuple avait raison, mais il se dit: "Maintenant, je dois tenir bon jusqu'à la fin de la procession." Et le cortège poursuivit sa route et les chambellans continuèrent de porter la traîne, qui n'existait pas.
Hans Christian Andersen
Ce conte a été proposé à deux jours d'intervalle par deux contributrices, Anne et Casatitia.
J'y pensais depuis longtemps, car il s'agit de mon conte préféré (avec
'Peau d'Âne'). J'en possédais une édition avec de superbes
illustrations qui a hélas fini à la poubelle, à force d'avoir été
feuilletée...
02 juin 2006
'Le petit tailleur'
Un extrait d'un conte de Grimm, aujourd'hui, 'Le petit tailleur':
"[...] Il posa sa tartine à côté de lui et se remit à coudre, et dans sa joie il faisait des points de plus en plus grands. Cependant l'odeur de la crème attirait les mouches qui couvraient le mur et ellesvinrent en foule se poser dessus. « Qui vous ainvitées ici? » dit le tailleur en chassant ceshôtes incommodes.Mais les mouches qui n'entendaient pas le français, revinrent en plus grand nombre qu'auparavant. Cette fois, la moutarde lui monta au nez, et saisissant un lambeau de drap dans son tiroir : « Attendez, s'écria-t-il, je vais vous en donner; » et il frappa dessus sans pitié. Ce grand coup porté, il compta les morts ; il n'y en avait pas moins de sept, qui gisaient les pattes étendues. « Peste ! se dit-il étonné lui-même de sa valeur, il paraît que je suis un gaillard, il faut que toute la ville le sache. » Et, dans son enthousiasme, il se fit une ceinture et broda dessus en grosses lettres : « J'en abats sept d'un coup ! »"
Merci, Anne, pour cette contribution!
01 juin 2006
L'Aiguille à repriser
Signalé par Jacqueline, un conte
d'Andersen sur le blogue d'Elisa, brodeuse de hornbook (suffisamment
mystérieux pour filer se renseigner ici - je ne connaissais pas et je suis ravie d'avoir découvert ce petit objet chargé d'histoire).
Vers 'L'Aiguille à repriser'.
Bonne lecture!
31 mai 2006
Légendes des terres sereines
"Chuc Nu, l'une des plus belles parmi
les filles de l'Empereur de Jade, était la plus adroite et la plus
laborieuse. Chaque matin, elle allait retrouver son métier à tisser sur
les bords du Fleuve d'Argent et jusqu'au soir, ses pieds appuyaient sur
les pédales tandis que ses mains se renvoyaient la navette fuselée.
C'était elle qui habillait tous les tiên de la cour, et c'est pourquoi son métier mêlait sans relâche son bruit régulier à la chanson des flots d'argent.
Tous
les jours, le berger Nguu Lang menait paître les troupeaux de
l'Empereur le long du fleuve. Tous les jours il voyait la diligente
princesse à sa tâche, et il nepouvait selasser d'admirer la perfection
de son visage et la grâce de ses mouvements.
Or ce jeune pâtre était beau, si bien que Chuc Nu neput demeurer longtemps insensible à ses regards.
Et Nguu Lang n'osait croire à son bonheur.
Quand
l'Empereur de Jade s'aperçut de leur inclination mutuelle, il ne la
contraria point, mais leur permit de s'épouser, exigeant simplement que
chacun d'eux continuât son métier après leur mariage."
Pham Duy Khiêm, Légendes des terres sereines, Mercure de France, 1951.
Merci, Anne, pour cette contribution qui inaugure une courte série de contes & légendes, à la demande des lectrices.
N'hésitez pas à nous transmettre des textes ou des extraits de texte dans ce domaine!
15 mars 2006
Ermeline et sa machine
jolie couverture ici
Ermeline, devant sa machine,
imagine des tas de parures
tout en taffetas et popeline
Sur le tissu qui défile dans la machine,
Ermeline aligne petits points et rayures.
Elle est la plus petite ouvrière
de la plus haute couture
Ermeline s’en va en Inde, en Afrique et même en Chine.
Elle court sur tous les marchés
à la ronde,
elle court partout dans le monde
pour chercher les plus belles étoffes.
Puis elle se met à l’ouvrage et,
dans sa cuisine,
c’est le toccata de la machine
qui s’anime.
Alors un sourire illumine
la bobine d’Ermeline,
elle s’imagine…
Elle est une fée avec sa machine;
elle habille les bonshommes de neige.
Elle habille les arbres dans le froid;
et de fil en aiguille,
c’est tout l’hiver
qui n’est plus nu comme un ver.
Ermeline coud jour et nuit,
sa cuisine résonne du toccata de la machine.
Motus le chat ronronne bouche cousue,
en sourdine.
Ermeline est une magicienne
avec sa machine ;
elle met un vieux pont en pyjama
dans le lit d’un grand fleuve.
Elle habile les maisons, les jardins
et les rues
et de fil en aiguille,
c’est tout une ville qu’elle habille.
Ermeline coud jour et nuit,
sa cuisine résonne du toccata
de sa machine.
Motus le chat l’observe
sous toutes ses coutures
Ermeline est la souris divine
avec sa machine ;
elle habille les rois,
elle habille les palais des rois,
et de fil en aiguille,
c’est tout le monde qu’elle habille.
Ermeline coud jour et nuit,
elle coud même le jour à la nuit
et sa cuisine résonne
du toccata de sa machine.
Pour en découdre
avec Motus le chat qui la chahute
elle lui propose un
magnifique costume
en toile de jute.
Ermeline est la plus petite ouvrière
de la plus haute couture.
Minuscule dans sa cuisine,
elle endimanchera la terre entière.
Devant sa machine, elle imagine,
un monde qui serait dans de beaux draps
tout en popeline et taffetas.
Olivier Douzou, Emeline et sa machine, Illustrations d'Isabelle Chatelard, Editions du Rouergue, 1994.
Merci Zazie pour cette contribution d'une fraîcheur qui nous rappelle que la vérité sort des livres pour enfants...
24 février 2006
Le petit chaperon rouge
Dans ce dossier pédagogique que propose
la BNF, on trouve non seulement des analyses pertinentes du conte
immortalisé (et figé, aussi!) par Charles Perrault (au 17e s.) puis par
les frères Grimm (au 18e s.) et de superbes illustrations (feuilletoir) mais également un tas de variantes, tradition orale oblige.
Cette variante nivernaise, 'le conte de la grand-mère'
(1870), place le petit chaperon rouge devant un choix dont l'issue sera
bien évidemment moral: le chemin côté des épingles ou celui du côté des aiguilles?
Analyse de ce choix féminin ici.
Plus sur le rouge chez le Clown navet...
16 novembre 2005
Baba Yaga
Comment une fillette gagne la complicité de divers objets et animaux pour échapper à une sorcière
ogresse, Baba Yaga, tout cela grâce à un chat et à un métier à tisser.
Un
message un peu conventionnel de douceur féminine, mais aussi peut-être une
invitation à user de ruse! Il est certainement possible de lire ce conte d'un point de vue féministe, car les objets traditionnels de
la domesticité (le fil, l'aiguille et le métier à tisser) sont détournés pour conquérir l'indépendance...
Ce conte a bercé mon enfance, Maman me l'a lu et relu, puis je l'ai lu et relu, sans doute parce que mon grand livre de contes russes était illustré de superbes aquarelles évocatrices d'une Russie mystérieuse où les jeunes filles sont obligées par des marâtres de partir dans la forêt vêtues de manteaux de papier en plein hiver...
Dans ma version, le dialogue entre Baba-Yaga et le chat durait plus longtemps, et "je tisse, tantine, je tisse" était l'une de nos répliques préférées à ma soeur et à moi, lorsque Maman nous demandait ce que nous faisions, de répondre en coeur: "je tisse, tantine, je tisse"...
Bonne lecture (ces illustrations m'ont plu, c'est la raison pour laquelle je vous propose ce lien plutôt qu'un autre)

