03 janvier 2009
Cariatides
Chanson d'une anarchiste qui remporta un grand succès en son temps avant de sombrer dans l'oubli...
Leurs magnifiques bras relevés sur leurs têtes,
Torse nu, reins cambrés, un pli d'angoisse au front.
Les cariatides, sous le faix et sous l'affront,
Semblent joindre à leur grâce une force d'athlètes.
Depuis des jours, depuis des mois, depuis des ans,
Elles sont là dans le granit de la muraille,
Où le sculpteur moula la beauté de leur taille,
Le contour de leurs seins, la courbe de leurs flancs.
Elles sont là, depuis des mois et des années,
Supportant vaillamment le tragique destin
Qui les lie à ce roc, telles au temps lointain
Les esclaves au char du vainqueur enchaînées, -
Esclaves! - oui, malgré l'Artiste qui tailla
Avec amour leurs corps superbes dans la pierre,
On sent sur leurs beaux bras peser la force altière,
Qui sur ce pilori de douleur les cloua!...
Eh bien! ces femmes-là sont ton image - Ô femme!
Toi qu'un joug aussi vieux que le monde asservit,
Toi pour qui l'autrefois d'esclavage survit,
Toi que l'on cloue ainsi par un arrêt infâme
Dans le roc implacable et morne du passé! -
- En vain pour te chanter artistes et poètes
Ont fait vibrer leurs lyres en d'innombrables fêtes,
En vain de leur amour ton corps est caressé;
En vain te clament-ils en leurs chants leur maîtresse;
Tu n'en restes pas moins l'esclave que sculpta
L'égoïsme du Maître - ô femme qu'il dompta
Par un enlisement de menteuse tendresse.
- De longs siècles de nuit, d'ignorance et d'erreur,
Les vains enseignements, l'hypocrite morale,
En affinant les traits, en faisant ton teint pâle,
T'ont ainsi façonnée au gré de ton seigneur.
- On a faussé chez toi les beautés de la vie:
Les éclairs des bijoux, en fascinant tes yeux
T'ont dérobé l'éclat serein des vastes cieux
Où s'en va planer la pensée inasservie.
De lourdes robes ont embarrassé tes pas,
Le corset, main de fer qui t'opprime et te blesse,
A détruit de ton corps l'harmonieuse souplesse, -
Et les bracelets d'or ont fatigué tes bras...
- Et parce qu'on t'a dit que tu n'étais pas faite
Pour agir et penser; parce qu'on a flatté
De ton coeur la douceur, de ta chair la beauté;
Parce qu'on a jeté des roses sur ta tête; -
Parce que l'on t'a prise avec le sentiment,
Parce qu'on a nimbé ton front d'une auréole,
Et parce qu'on t'a dit que servir est ton rôle,
Obéir ton devoir, souffrir ton châtiment;
Tu t'es courbée alors sous les décrets de l'Homme
Qui t'ayant assouplie à leur autorité,
O femme! - ô Cariatide de l'Humanité! -
T'ont faite objet de luxe, - ou bien bête de somme!...
[...]
Maïté Albistur & Daniel Armogathe, Le Grief des femmes - Anthologie de textes féministes du second empire à nos jours, Editions Hier & Demain, 1978.
01 janvier 2009
Amour... Amour
L'amour se porte autour du cou
le coeur est fou
quatre bras serrés qui s'enchainent
l'âme sereine
comme un foulard de blanche laine
L'amour s'enroule et puis se noue
Amour, Amour m'a rendu fou
Peau d'Âne, lyrics Jacques Demy, musique Michel Legrand
Sincères souhaits textiles et amoureux pour l'année 2009
Une pensée amicale particulière aux lectrices qui restent fidèles à Dentelles d'encre
malgré la raréfaction chronique des extraits publiés!!!
05 mai 2008
Les Noces de Jeannette
Il est revenu à Jacqueline un air d'opérette qu'elle écoutait à 8-9 ans sur un vieux 78 tours chez ses parents.
La dénommée Jeannette a piégé un allergique au mariage qui s'enfuit le jour de ses noces... et pour le séduire et le ramener à son devoir (conjugal), elle répare un de ses vêtements en chantant:
Cours mon aiguille dans la laine Mais qu'est-ce donc, métamorphose ? Les noces de Jeannette de
Victor Massé (1853), livret de Jules Barbier et Michel Carré. Incroyable, en cherchant à me renseigner un peu sur cet opéra comique, je découvre qu'il sera donné en mai à Paris! Un restaurant à Paris porte ce nom et rappelle
le succès de cet opéra. Merci, Jacqueline, pour cette contribution coquine!
Ne te casse pas dans ma main
Avec
de bons baisers demain
On nous paiera de notre peine
Cours, mon aiguille
dans la laine,
Cours, mon aiguille dans la laine.
Je travaille et n'y vois plus
rien,
Demain s'il le regarde bien
Il verra son habit
Taché par une
larme
Cours mon aiguille dans la laine,
Ne te casse pas dans ma
main
Avec de bons baisers demain,
On nous paiera de notre
peine.
Cours, mon aiguille dans la laine,
Cours, mon aiguille dans la
laine
14 février 2008
Petit point de St Cyr
I un petit point de biais par-devant puis
II deux pas de coté en pivotant légèrement,
III un petit point de biais par-devant,
I deux pas en arrière en se retournant,
II un petit point de biais en avant et
III deux pas en arrière en pivotant,
I un petit point de biais par-devant puis
II deux pas de l'autre coté et à nouveau
III un petit point de coté puis on recommence,
I deux pas de l'autre coté,
... couvrir la chaîne en descendant et...
... la trame en montant!
Menuet chantant le petit point de St Cyr, donc on peut lire un historique intéressant ici.
13 octobre 2007
Dieu nous donne la laine
Dieu nous donne la laine et les aiguilles.
Il nous dit: "Tricote de ton mieux, une maille à la fois".
Une maille est une
journée sur l'aiguille du temps.
Dans un mois, 30 ou 31 mailles.
Dans dix ans 3650 mailles.
Quelques unes sont à l'endroit; d'autres sont à l'envers.
Il y aussi des mailles échappées; mais, on peut les reprendre.
Que de mailles manquées!
La laine que Dieu m'a donnée, pour tricoter ma vie,
Est de toutes les couleurs.
Rose comme mes joies;
Noire comme mes peines;
Grise comme mes doutes;
Verte comme mes espérances;
Rouge comme mes affections;
Bleue comme mes désirs;
Blanche comme don total à celui que j'aime.
Seigneur, donne-moi le courage
De terminer mon tricot
Afin que Tu le trouves digne
De l'exposition éternelle des travaux des hommes.
(Auteur inconnu)
Merci Anne pour cette contribution en forme de prière qui nous donne, ouf!, le droit à l'erreur et l'espoir d'une seconde chance...
31 juillet 2007
'Les pleurs de mon métier'
Dernier rescapé du Conservatoire des Vieux Métiers du Textile:
Les Pleurs de mon métier
Ce vieux métier où mon grand-père
A tissé ses pièces jadis,
Mon pauvre vieux, je désespère
De le voir aux mains de mon fils.
Mon vieux métier que j'aime, pleure
De se voir ainsi délaissé...
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.
Je pensais que dans ma détresse
Mes garçons, papas à leur tour,
Canusant gaiement et sans cesse
Consoleraient mon dernier jour.
Et je suis seul dans ma demeure,
Mon métier est abandonné !
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.
Ce vieil ami qui fit ma gloire
Je le garderai jusqu'au bout,
Et malgré la misère noire,
Malgré la faim et malgré tout !
Puis enfin, quand du cimetière
Je m'en retournerai vers Dieu...
Et lon lon lère, et lon lon la,
Je compte bien qu'un vieux compère
Mettra mon vieux métier au feu.
Joseph des Verrières (1905)
Merci, Anne, pour ce sauvetage collectif!
29 juillet 2007
'La chanson de ma cousine Mariette'
La chanson de ma cousine Mariette
Je vois aller la Fabrique
Rien ne me rend plus content
Tous les gens de la boutique
Tournent devant très souvent
Je puis rimer sans rien craindre
Puisqu'en ces heureux moments
Mes cartons et mon cylindre
Tout ça tourne,
Tout ça tourne,
Tout ça tourne en même temps.
Mais voilà que la canette,
En sautant sur un arquet,
A fait tomber ma navette
Et brisé mon agnolet.
Puis cette trame est si fine
Qu'à chaque coup de battant,
Le cordon, la cordeline,
Tout ça casse,
Tout ça casse,
Tout ça casse en même temps.
On sait qu'il ne faut médire,
Quand on parle du prochain,
Mais un canut peut bien dire
Que son marchand est un chien
Le commis a la balance
Gagne ses appointements;
Le patron biffe l'avance,
Tout ça triche,
Tout ça triche,
Tout ça triche en même temps.
Le teinturier fait des siennes
Et des soies double le poids.
Quand vous remondez les chaînes,
Tout vous reste dans les doigts.
La nuit ça fait des belues
Qui brillent en pétillant,
Les entorses, les tenues,
Tout ça craque,
Tout ça craque,
Tout ça craque en même temps.
Que de bruit, que de tapage.
Je ne sais plus où j'en suis.
Chacun gronde à son ouvrage :
Tout ce train-là m'étourdit.
L'apprenti, la canetière,
Ma femme avec ses enfants,
Notre marchand, l'ouvrière,
Tout çacrie,
Tout ça crie,
Tout cà crie en même temps.
Pour achever la misère,
Plusieurs mauvaises saisons
Font que la vie est trop chère
Pour nos petites façons.
Je vois ma tâche finie
Sans regretter mon printemps,
L'ennui, le plaisir, la vie,
Tout ça file,
Tout ça file,
Tout ça file en même temps.
Clair Tisseur, dit Nizier du Puitspelu (1827-1895)
Sauvé aussi du Conservatoire des Vieux Métiers Textiles, avant sa fermeture.
13 avril 2007
Pénélope
Chantée par Brassens, Pénélope... Incontournable pour nous toutes, qu'on rêve de l'imiter ou de lui tordre le cou...
Toi l'épouse modèle
Le grillon du foyer
Toi qui n'a point d'accrocs
Dans ta robe de mariée
Toi l'intraitable Pénélope
En suivant ton petit
Bonhomme de bonheur
Ne berces-tu jamais
En tout bien tout honneur
De jolies pensées interlopes
De jolies pensées interlopes...
Derrière tes rideaux
Dans ton juste milieu
En attendant l'retour
D'un Ulysse de banlieue
Penchée sur tes travaux de toile
Les soirs de vague à l'âme
Et de mélancolie
N'as tu jamais en rêve
Au ciel d'un autre lit
Compté de nouvelles étoiles
Compté de nouvelles étoiles...
N'as-tu jamais encore
Appelé de tes vœux
L'amourette qui passe
Qui vous prend aux cheveux
Qui vous compte des bagatelles
Qui met la marguerite
Au jardin potager
La pomme défendue
Aux branches du verger
Et le désordre à vos dentelles
Et le désordre à vos dentelles...
N'as-tu jamais souhaité
De revoir en chemin
Cet ange, ce démon
Qui son arc à la main
Décoche des flèches malignes
Qui rend leur chair de femme
Aux plus froides statues
Les bascul' de leur socle
Bouscule leur vertu
Arrache leur feuille de vigne
Arrache leur feuille de vigne...
N'aie crainte que le ciel
Ne t'en tienne rigueur
Il n'y a vraiment pas là
De quoi fouetter un cœur
Qui bat la campagne et galope
C'est la faute commune
Et le péché véniel
C'est la face cachée
De la lune de miel
Et la rançon de Pénélope
Et la rançon de Pénélope...
Merci, Anne, pour cette contribution!
20 décembre 2006
La chanson du tisserand de lin
Myriam est tombée sur ce monument de la chanson populaire, rime riche en prime, en feuilletant un catalogue du Printemps, « Les Grands Magasins du
Printemps sont les plus élégants de Paris »dit la brochure!
La chanson du tisserand de Lin
En chantant, je tisse la toile
La toile forte de la voile
Que bientôt aux plages lointaines
Le vent poussera sur les flots
Avec les vaillants capitaines
Et les vigoureux matelots
Glisse, glisse ma navette
Entre les fils croise ton fil
Quand je te jette et te rejette
Ton tic-tac me semble un babil
Aussi gai qu’un chant de fauvette
Je tisse pour les petits anges
Des toiles fines pour leurs langes
Je tisse aussi la layette
Pour la couchette, le maillot
Pour orner la bercelonnette
De la petiote ou du petiot
Glisse, glisse ma navette
Entre les fils croise ton fil
Quand je te jette et te rejette
Ton tic-tac me semble un babil
Aussi gai qu’un chant de fauvette
Je tisse la toile légère
Dont bientôt l’adroite lingère
Fera pour la tendre Lisette
La collerette en fin linon
Le blanc bonnet, la chemisette
La camisole ou le jupon.
Glisse, glisse ma navette
Entre les fils croise ton fil
Quand je te jette et te rejette
Ton tic-tac me semble un babil
Aussi gai qu’un chant de fauvette
Si je travaille infatigable
Pour la toilette ou pour la table
Avec plus de plaisir je tisse
Amoureux qui faites votre nid
Pour que votre amour s’y blottisse
Les grands draps blancs de votre lit
Entre les fils croise ton fil
Quand je te jette et te rejette
Ton tic-tac me semble un babil
Aussi gai qu’un chant de fauvette
Il semblerait que l'auteur soit Anon.
Merci Myriam pour cette contribution de circonstance, courses de noël obligent - à moins que ce ne soit la course de noël?!
12 décembre 2006
Thoreau
“I would rather sit on a pumpkin and have it all to myself, than be crowded on a velvet cushion."
"Je préférerais m'asseoir sur un potiron et le posséder bien à moi que d'être à plusieurs sur un coussin de velours."
Henry David Thoreau, Walden.
Merci, romantique Anne, pour cette contribution!
Thoreau, une idole aux Etats-Unis, a son blogue, quoique passé dans l'au-delà depuis un bon moment. Pour celles qui avaient du mal à imaginer un exemple de prosopopée, terme avec lequel on nous torturait en cours de lettres, en voici un beau: si ce n'est pas le blogue d'un mort qui parle!
