11 juin 2008
Tissé par mille
Extrait du même billet, qu'il faudrait reproduire intégralement:
"La littérature est au texte un peu ce que le Marché Saint-Pierre est au textile - il y en a pour tous les goûts: le grain des mots, plus ou moins serré, lâche ou lisse, produit des sensations fort diverses, des voluptés plus ou moins raffinées: on trouve des étoffes grossières, de vulgaires torchons, et même des tissus d'âneries. Certains font dans la dentelle ou le brocart, quelques-uns jouent sur du velours, d'autres, on a beau les examiner de près pour en comprendre le maillage, c'est vraiment pas coton."
J'espère que la littérature française, contrairement aux étalages de textile du Marché Saint-Pierre, va échapper aux sirènes de la délocalisation vers la Chine qui ne fait rien pour la qualité des produits...
Camille Laurens, Tissé par mille, 2007.
Merci Anne pour ce voyage dans les locutions textiles goulûment dégustées!
10 juin 2008
Tissé par mille
"Le mot 'texte' est de la même famille que le mot 'textile', du latin textus, qui veut dire 'tissé'.
Que le texte soit un tissu, on ne s'en souvient guère parce qu'on oublie comment il est fait: d'un entrelacs de mots et de silences, de sons et de sens. La littérature, numéro un de l'artisanat textuel, en a depuis longtemps éprouvé les techniques: comment tramer une histoire policière, tisser une intrigue amoureuse, filer une métaphore, nuer un drame ou broder des légendes, cent fois sur le métier elle remet son ouvrage, dévidant pour notre coeur à nu 'ce pli de sombre dentelle, qui retient l'infini tissé par mille'."
Ainsi commence la chronique intitulée 'Texte' qui illustre, notamment par la citation de Mallarmé, que le texte est aussi in tissage d'échos à d'autres textes...
Camille Laurens, Tissé par mille, 2007.
Il s'agit d'un recueil de chroniques diffusées sur France Culture.
Merci Anne pour ce retour aux fondations de dentelles d'encre!
06 juin 2008
Variations sur un sujet
"Ce pli de sombre dentelle, qui retient l'infini, tissé par mille, chacun selon le fil ou prolongement ignoré son secret, assemble des entrelacs distants où dort un luxe à inventorier, stryge, noeud, feuillages à présenter. Avec le rien de mystère, indispensable, qui demeure, exprimé, quelque peu."
Stéphane Mallarmé, Variation sur un sujet.
Merci Anne pour cette contribution qui nous fait flotter telle la peluche sur une toile d'araignée mythique!
