30 mai 2008
Femmes qui courent...
Dernier extrait de cet essai à la Bruno Bettelheim:
"J'aime énormément cette tâche initiatique qui requiert d'une femme qu'elle nettoie les personae, les signes vestimentaires de l'autorité de la grande Yaga de la forêt. Ce faisant, l'initiée verra de quelle manière sont cousus les habits de la persona. Elle aura bientôt un peu de ces personae qu'elle pourra placer dans ses placards, auprès des autres qu'elle a façonnées au cours de son existence.
On imagine facilement que les marques d'autorité de Baba Yaga - ses vêtements - sont de la même étoffe que sa constitution psychologique - solide et résistante. Faire sa lessive, c'est donc, métaphoriquement, apprendre à reconnaître, examiner et intégrer cette association de qualités et apprendre comment trier, repriser et rénover la psyché instinctive par une purificatio, un lavage des fibres de l'être."
Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, 2001.
Humm, que sur les cintres de notre penderie vivent nos différents moi, facettes multiples de notre passionnante personnalité, les magazines féminins nous l'expliquent volontiers, qui cherchent désespérément à nous faire remplir nos armoires d'un tas de machins que nous ne porterons qu'une fois... mais la lessive comme processus analytique, ça c'est original et me paraît encore plus fort!
Merci Anne pour cette contribution!
23 mai 2008
Baba Yaga
Baba Yaga a déjà pointé le bout de son maléfique nez sur dentelles d'encre, en 2005 - cela ne rajeunit guère notre blogue collaboratif...
La revoici, citée par Clarissa Pinkola Estés, dans une métaphore textile et ménagère... étonnante:
"Baba Yaga est le modèle à suivre pour être fidèle au Soi. Elle apprend à la fois la mort et le renouveau.
Dans le conte, elle enseigne à Vassilissa à prendre soin de la maison du féminin sauvage. C'est un fabuleux symbole que de laver les vêtements de Baba Yaga. Dans certains pays, aujourd'hui encore, on descend à la rivière pour y laver son linge et l'on se livre aux ablutions rituelles par lesquelles on rénove le tissu depuis l'origine des temps. On ne pourrait trouver mieux pour évoquer le nettoyage et la purification de la psyché dans son intégralité.
Dans les mythologies, le tissage est dévolu aux mères de la Vie/Mort/Vie - comme les trois Parques, Clotho, Lachésis, Atropos, et Na'ashjé'ii Asdzàà, la Femme-Araignée, qui fit don de cet art au Diné - le peuple Navajo. Ces mères de la Vie/Mort/vie apprennent aux femmes à sentir ce qui doit mourir et ce qui doit vivre, ce qui doit être cardé, ce qui doit être tissé. Baba Yaga charge Vassilissa de faire la lessive afin de mettre au jour, de faire venir à la conscience cette trame, ces schémas connus de la Déesse de la Vie/Mort/Vie, et de les rénover en les nettoyant.
Laver est un rituel de purification de toujours. Cela ne signifie pas seulement purifier, c'est aussi - comme le baptème, terme issu du latin baptisma et du grec baptizein, immerger - l'imprégner d'un mystère, d'un numen spirituel. Laver, c'est la première tâche du conte, pour redonner du tombé à ce qui est devenu lâche à force d'être porté. Nos idées, nos valeurs, comme les vêtements, finissent par se ramollir à force d'être endossées. C'est dans l'eau qu'on renouvelle et revivifie, qu'on redécouvre ce que l'on croit fondamentalement vrai, fondamentalement sacré."
Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, 2001.
Je ne m'étais jamais clairement fait la remarque, si juste, que l'on lave parfois nos vêtements moins parce qu'ils sont sales que parce qu'ils sont défraîchis, comme pour retrouver leur essence, leur forme d'avant qu'on les porte; comme si le vêtement était voué à la chute. Cruel destin, fait pour le corps humain, le vêtement perdrait son âme en quittant son cintre...
Merci Anne pour cette contribution!
17 mai 2008
Pantalon
Début 1945, Samuel Beckett choisit pour formuler le titre du texte qu'il écrit à l'occasion de l'exposition d'Abraham et de Gerardus van Velde respectivement aux galeries Mai et Maeght, une plaisanterie qu'il reprendra douze ans plus tard dans Fin de partie:
LE CLIENT : Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois.
LE TAILLEUR : Mais, Monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon.
Samuel Beckett, Peintres de l’empêchement. Première publication dans la revue Derrière le Miroir, n°11-12, juin 1948.
14 mai 2008
Femmes qui courent...
"- la Femme Sauvage vous appartient. Elle appartient à toutes.
Pour la trouver, les femmes doivent faire retour à leur vie instinctive, à leur savoir le plus profond. Commençons donc par remonter à l'âme sauvage. Laissons-la redonner chair à nos os par son chant. Dépouillons-nous des oripeaux qu'on nous a donnés. Enfilons le manteau authentique de l'instinct et de la connaissance. Infiltrons les terres psychiques qui nous ont un jour appartenu. Ôtons nos pansements. Le remède est prêt. Redevenons maintenant les femmes sauvages qui hurlent, rient, chantent les louanges de Celle qui nous aile tant."
Des oripeaux au manteau de dame nature! Le texte liminaire, intitulé "Chanter au-dessus des os", ne cache pas sa nature prophétique et pédagogique à la fois: "Tout le matériel que contient cet ouvrage a été choisi afin que vous vous enhardissiez." C'est le manuel de la libération de la femme, et avec le féminisme, la métaphore textile n'est jamais loin... Ce que je trouve intéressant, et assez inédit ici, c'est l'opposition nature/culture exprimée par l'image du textile...
Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, 2001.
Clarissa Pinkola Estés est psychanalyste et conteuse...
Merci Anne pour cette contribution!
05 mai 2008
Les Noces de Jeannette
Il est revenu à Jacqueline un air d'opérette qu'elle écoutait à 8-9 ans sur un vieux 78 tours chez ses parents.
La dénommée Jeannette a piégé un allergique au mariage qui s'enfuit le jour de ses noces... et pour le séduire et le ramener à son devoir (conjugal), elle répare un de ses vêtements en chantant:
Cours mon aiguille dans la laine Mais qu'est-ce donc, métamorphose ? Les noces de Jeannette de
Victor Massé (1853), livret de Jules Barbier et Michel Carré. Incroyable, en cherchant à me renseigner un peu sur cet opéra comique, je découvre qu'il sera donné en mai à Paris! Un restaurant à Paris porte ce nom et rappelle
le succès de cet opéra. Merci, Jacqueline, pour cette contribution coquine!
Ne te casse pas dans ma main
Avec
de bons baisers demain
On nous paiera de notre peine
Cours, mon aiguille
dans la laine,
Cours, mon aiguille dans la laine.
Je travaille et n'y vois plus
rien,
Demain s'il le regarde bien
Il verra son habit
Taché par une
larme
Cours mon aiguille dans la laine,
Ne te casse pas dans ma
main
Avec de bons baisers demain,
On nous paiera de notre
peine.
Cours, mon aiguille dans la laine,
Cours, mon aiguille dans la
laine
