Baba Yaga a déjà pointé le bout de son maléfique nez sur dentelles d'encre, en 2005 - cela ne rajeunit guère notre blogue collaboratif...

La revoici, citée par Clarissa Pinkola Estés, dans une métaphore textile et ménagère... étonnante:

"Baba Yaga est le modèle à suivre pour être fidèle au Soi. Elle apprend à la fois la mort et le renouveau.

Dans le conte, elle enseigne à Vassilissa à prendre soin de la maison du féminin sauvage. C'est un fabuleux symbole que de laver les vêtements de Baba Yaga. Dans certains pays, aujourd'hui encore, on descend à la rivière pour y laver son linge et l'on se livre aux ablutions rituelles par lesquelles on rénove le tissu depuis l'origine des temps. On ne pourrait trouver mieux pour évoquer le nettoyage et la purification de la psyché dans son intégralité.

Dans les mythologies, le tissage est dévolu aux mères de la Vie/Mort/Vie - comme les trois Parques, Clotho, Lachésis, Atropos, et Na'ashjé'ii Asdzàà, la Femme-Araignée, qui fit don de cet art au Diné - le peuple Navajo. Ces mères de la Vie/Mort/vie apprennent aux femmes à sentir ce qui doit mourir et ce qui doit vivre, ce qui doit être cardé, ce qui doit être tissé. Baba Yaga charge Vassilissa de faire la lessive afin de mettre au jour, de faire venir à la conscience cette trame, ces schémas connus de la Déesse de la Vie/Mort/Vie, et de les rénover en les nettoyant.

Laver est un  rituel de purification de toujours. Cela ne signifie pas seulement purifier, c'est aussi - comme le baptème, terme issu du latin baptisma et du grec baptizein, immerger - l'imprégner d'un mystère, d'un numen spirituel. Laver, c'est la première tâche du conte, pour redonner du tombé à ce qui est devenu lâche à force d'être porté. Nos idées, nos valeurs, comme les vêtements, finissent par se ramollir à force d'être endossées. C'est dans l'eau qu'on renouvelle et revivifie, qu'on redécouvre ce que l'on croit fondamentalement vrai, fondamentalement sacré."

Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, 2001.

Je ne m'étais jamais clairement fait la remarque, si juste, que l'on lave parfois nos vêtements moins parce qu'ils sont sales que parce qu'ils sont défraîchis, comme pour retrouver leur essence, leur forme d'avant qu'on les porte; comme si le vêtement était voué à la chute. Cruel destin, fait pour le corps humain, le vêtement perdrait son âme en quittant son cintre...

Merci Anne pour cette contribution!