L'horloge de chêne tricote
avec des aiguilles de fer
un invisible pull-over
et le temps lui sert de pelote.

Maille à l'endroit, maille à l'envers,
le temps lui file entres les doigts,
fil de neige pour les jours froids
et fils d'herbe pour les jours verts.

Une heure noire, une heure blanche,
crochetées et croisées sans trêve,
l'écheveau des nuits, et des rêves
se dévide au bout de ses branches.

Qui portera ce vêtement
qu'elle tisse avec tant d'adresse,
sa laine douce est la caresse
de quel hiver, de quel printemps ?

Elle tisse car le temps presse,
maille blanche, sur maille noire
en ignorant que la mémoire
défera les fils qu'elle tresse.

Elle a beau nouer et lier
le fil qui se perd et se casse,
nul jamais n'a pu s'habiller
de la laine du temps qui passe.

Charles Dobzynski, 'L'Horloge'.
Biographie succinte et néanmoins impressionante du poète ici.

Merci Elisabeth pour cette contribution, et bienvenue chère nouvelle contributrice!