Quid faciat Philomela? figam custodia claudit,
struta rigent solido stabulorum moenia saxo,
os mutum facti caret indice. Grande doloris
ingenium est, miserisque venit sollertia rebus.
Stamina barbarica suspendit callida tela
purpureasque notas filis intexuit albis,
indicium sceleris; perfectaque tradidit uni,
utque ferat dominae gestu rogat; illa rogata
pertulit ad Procnen, nec scit, qui tradat in illis.
Evolvit vestes saevi matrona tyranni
fortunaeque suae carmen miserabile legit
et (mirum potuisse) silet. Dolor ora repressit,
verbaque quaerenti satis indignantia linguae
defuerunt; nec flere vacat, sed fasque nefasque
confusura ruit, poenaeque in imagine tota est.

Ovidus, ed. Hugo Magnus, trouvé sur Perseus

[Procné et Philomèle sont soeurs et Procné épouse Térée , lequel tombe amoureux de sa belle soeur... Il profite  d'une visite de la jeune fille  à Procné pour la séquestrer et la violer. Charmant personnage... Il fait mieux :  comme elle menace de tout révéler il lui coupe la langue et profite de son évanouissement pour réabuser d'elle (moult fois précise le poète!!).]

Mais l'affreux a compté sans l'expression par le textile:

"Et Philomèle, que peut-elle faire ? Des gardes opposent une barrière à sa fuite, et les murs épais de sa prison s'élèvent taillés dans le roc. Sa bouche muette ne peut révéler son malheur ; mais la douleur est industrieuse, et le génie naît de l'adversité. Suivant l'art de ces temps barbares, elle compose un tissu où sa main ingénieuse, mêlant les fils de pourpre aux fils blancs, trace le crime de Térée. Dès qu'il est achevé, elle le confie à un esclave, et l'invite, par un geste, à le porter à la reine. L'esclave s'empresse de remettre à Procné le tissu, sans connaître l'objet du message. L'épouse du cruel tyran le déroule, et lit la déplorable aventure de sa soeur. Qui le croirait ? elle garde le silence ; la douleur lui ferme la bouche, et sa langue cherche en vain des paroles où puisse éclater toute son indignation. Sans s'arrêter à répandre d'inutiles larmes, sa fureur l'emporte à tout oser, et la plonge tout entière dans des pensées de vengeance."

Ovide, Les Métamorphoses, chant VI, traduction de Louis Puget, Th. Guiard, Chevriau et Fouquier (1876)

La vengeance des deux soeurs sera à la hauteur des crimes de Térée... et digne de Médée ou des Atrides...
Procné met à mort le fils qu'elle avait eu de Térée pour le cuisiner et le lui servir... Fou de rage, Térée, qui manque un peu d'humour, poursuit les deux soeurs qui ont pris la fuite. C'est pour protéger les soeurs de sa colère que les dieux les changèrent en oiseau, l'une en rossignol et l'autre en hirondelle... et le méchant en huppe...


Merci Jacqueline pour cette lecture dominicale, violente et belle!